Séjours de rupture, adolescents en crise, et cheminement des parents ; ruptures, transitions et reconstructions : les spécificités d’une prise en charge peu reconnue, Observatoire National de l’Enfance en Danger, 2012 / 2014

Cette recherche intitulée «Séjours de rupture, adolescents en crise, et cheminement des parents : de la distanciation à la reconstruction, quelle implication pour chacun? », a été financée par l’ONED (Observatoire National de l’Enfance en Danger), dans le cadre de son appel d’offres de recherche de 2012.

 Les séjours de rupture à l’étranger, organisés dans le cadre juridique des services d’accueil non traditionnels, constituent une réponse éducative pour 1,5 %  à 2,5 % des adolescents confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (selon, respectivement, le rapport IGAS, 2004, et les données de ODPE 29, années 2010 à 2012). Ces activités existent depuis les années 90, ont fait l’objet d’un rapport de l’IGAS en 2004, et de démarches de la part de l’association nationale, OSER, regroupant 16 structures organisatrices, qui a formalisé en 2004 un cahier des charges et une charte commune à tous, établissant un « cadre déontologique » pour les séjours de rupture. La littérature internationale nous montre que des démarches pédagogiques socio éducatives comparables ont été développées dans plusieurs pays ; des évaluations montrent que les adolescents y développent de nombreuses ressources, une meilleure image de soi, de la confiance en soi, accroissent leur sens des responsabilités et leur capacité à se projeter dans le temps.

Les objectifs du présent projet étaient d’améliorer la connaissance des dynamiques identitaires et émotionnelles des adolescents en grande difficulté confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, d’une part, et de mieux comprendre les processus  de remobilisation de la fonction parentale dans le cadre d’une séparation parent-enfant, d’autre part. Il s’agissait aussi, concrètement, par l’échange entre praticiens et chercheurs, d’améliorer les modalités d’élaboration du « projet pour l’enfant », et de participation des familles, tels que prévus par la loi de mars 2007. En lien avec l’observatoire départemental de la protection de l’enfance du Finistère, nous avons institué un groupe de travail d’une quinzaine de personnes, représentant les services de la protection de l’enfance, les organisateurs de séjours de rupture, des associations et fondations proposant des foyers éducatifs ou des placements éducatifs à domicile,  des services de pédopsychiatrie, la protection judiciaire de la jeunesse, le service social de l’éducation nationale, ainsi que des représentants de parents d’enfants placés.

Au-delà des échanges entre praticiens, et de l’analyse de la documentation et de la littérature disponibles, le cœur de la recherche consistait à réaliser des entretiens approfondis avec les adolescents et les familles connaissant ou ayant connu récemment un séjour de rupture. Au total, nous avons réalisé 40 entretiens, correspondant à 25 situations. L’échantillon était constitué de situations contrastées (jeunes femmes / jeunes hommes ; primo et multi placements ; diversité des situations des adolescents et de leur évolution).

Pour analyser les trajectoires des adolescents concernés et les modalités de leur prise en charge éducative, nous avons proposé une typologie qui distingue « les jeunes qui se cherchent – trajectoire de la singularité » et les « jeunes qui se fuient – trajectoire de l’adhésivité ». Les premiers donnent à voir des actes de passage, afin de se singulariser, de se séparer de l’enfance et du monde des adultes qui les entourent, par l’affirmation de leur intériorité ; ils subissent un déficit de « séparation individuation » et ont tendance à retourner la violence sur eux-mêmes ; ils agissent pour « devenir soi » et ont aisément recours à l’autre en tant que sujet. Les seconds, les adolescents qui se fuient, sont inscrits dans un tel déficit d’intériorité et de sécurité émotionnelle qu’ils se projettent sur les objets de la réalité extérieure, dans une forme d’adhésivité à autrui et à leur réalité sociale, s’engageant dans une forme d’auto suffisance et de corps à corps avec le monde ; ils subissent un déficit de mentalisation de leurs ressentis et de positionnement éthique, et externalisent la violence ; l’autre peut leur être menaçant, vécu sur un mode intrusif ou bien abandonnique.

Le corpus d’entretiens nous montre que la totalité des jeunes développent de nombreuses compétences au cours du séjour de rupture, qui a un effet positif sur la grande majorité des trajectoires. Le séjour de rupture contribue également à reconfigurer les relations familiales, et s’inscrit dans de riches coopérations entre les secteurs de la protection de l’enfance, de la justice, de la psychiatrie, de l’éducation, et de la recherche. Tout l’enjeu est de faire que ces séjours s’inscrivent davantage dans la transition que dans la rupture, ce qui interroge les modalités du retour des jeunes, la continuité du suivi de ces jeunes, au sein de leur système familial et de leur environnement institutionnel, et ce qui interroge l’appellation même du dispositif. En France, seuls cinq départements délivrent une habilitation pour des organisateurs de séjours de rupture, mais au moins une trentaine de départements y envoient leurs adolescents. Il semble opportun de faire connaître ce dispositif et les savoirs faire qui se sont mis en œuvre en matière d’accompagnement.

En savoir plus: Fiche présentation projet ONED Synthèse finale ONED Rapport ONED VF